[Cinéma] Le film de la semaine #34

Publié le par Yuuki

Le film de la semaine

Pour cette nouvelle semaine, enfilez vos casques car nous prenons le volant d'une Ferrari ou d'une McLaren pour quelques tours de piste intenses... Mais trêve de bavardage, place au film de cette semaine, nous parlerons donc de...

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RUSH

 

Année : 2013 - Pays : USA - Durée : 118 mn - Réalisation : Ron Howard  - Scénario : Peter Morgan  - Casting : Chris Hemsworth, Daniel Brühl, Olivia Wilde, Alexandra Maria Lara, Pierfrancesco Favino

 

~ Bande annonce ~

Dans les années 70, le monde de la F1 est dominé par deux hommes, James Hunt pour l'écurie McLaren et Niki Lauda pour Ferrari. Leur rivalité n'a d'égale que leurs egos, et chacun dans leur style ils tentent de battre l'autre et de conquérir le monde.

Synopsis

Bon, alors je suis comme ça moi, parfois -souvent même-, je me prend d'affection pour un thème et je n'en sors plus pendant un bon moment. Pendant l'été, c'était le foot, et bien maintenant c'est les bagnoles. En réalité je ne suis pas vraiment fan de voitures, je n'y connais pas grand chose et je trouve qu'il n'y a pas beaucoup de sports plus chiant à regarder que la F1... Mais...

Je crois savoir pourquoi les femmes aiment les pilotes de course… Ce n’est pas parce qu’elles respectent ce que nous faisons, on tourne en rond autour d'un circuit. Elles pensent certainement que c'est pathétique et elles ont probablement raison. C'est notre proximité de la mort. Vous voyez plus vous êtes proche de la mort, plus vous vous sentez en vie, plus vous êtes vivant. Elles peuvent voir ça chez vous, elles le ressentent en vous.

James Hunt - Rush

Mouais, alors il y a surement du vrai dans la théorie de James hein, mais j'ai regardé Rush, à la base uniquement parce que la musique est signée Hanz Zimmer voilà. Et je dois dire qu'elle ajoute au film une dimension épique franchement cool. J'ai toujours aimé les musiques de films crées par Zimmer, il a un don pour ça ce monsieur. Enfin pour choisir les films pour lesquels ils travaille aussi, j'imagine qu'un générique de Oui-Oui par Hanz Zimmer, ça doit être un peu déstabilisant.

J'étais cependant un poil inquiète parce que le monde de la course automobile est peu représenté dans les films que je regarde et je craignais un peu le trio simpliste "voiture-vitesse-adrénaline" (plus éventuellement "meuf peu habillées"). Mais là non, on comprend dès le départ du film, qu'au delà d'un film de sport, Ron Howard a voulu présenter les coulisses des écuries, les question de financement et de niveau technique. Il y a une vraie question sous jacente, un questionnement sur le pourquoi, la recherche de ce qui pousse les pilotes à tout abandonner, y compris leur vie, pour une hypothétique victoire. Le film utilise pour cela la solide rivalité existante entre deux pilotes au cours du championnat du monde de l'année 1976.

Il y a vignt-cinq pilotes au départ de chaque saison de Formule 1, et chaque année deux d'entre nous meurent. Quel genre de personne fait un travail pareil ?

Niki Lauda - Rush

Et il utilise pour cela les deux conceptions du sport de nos protagnonistes. L'un, Niki Lauda, est autrichien et froid, calculateur, attaché à ses statistiques mais c'est un pur génie dans la préparation technique. Il n'attire que peu de sympathie de la part des autres, y compris de son propre staff ce qui causera probablement sa presque perte lorsqu'il demandera un vote pour annuler une course et que probablement par revanche, personne ne le suivra... C'était la course du 1er aout 76 sur le Nürburgring, tristement célèbre pour avoir quasiment tué Lauda. De manière cynique c'était le plus attaché au calcul de risque qui payera le prix de la sécurité de l'époque. L'autre, l'anglais James Hunt, personnalité totalement opposée, est un play-boy profitant de chaque fille et de chaque jour comme si c'était le dernier. N'ayant pas peur de mettre sa vie en jeu pour une course, il trouve en Niki Lauda un rival qui lui permet d'avoir un but à la hauteur du niveau qu'il pense avoir. Il profitera également de son charisme pour influencer le vote lors de la fameuse réunion pré-course du Nürburgring.

Deux conceptions du sport donc, mais aucun des pilotes ne parait mieux que l'autre, on regarde donc pendant deux heures, deux connards au volant de petit cercueils sur roues qui tournent en rond sur du bitume. Ca a l'air nul comme ça je sais, mais le film a un vrai sens du spectacle, et un quelque chose qui conserve l'attention du spectateur. Enfin la mienne au moins. Un point que je trouve particulièrement réussi dans le film, c'est qu'il ne met pas en avant une des personnalités ou l'autre des pilotes. Loin de porter des accusations sur l'une ou l'autre de ces visions des choses, le film met les deux en parallèle sans stigmatisation. Il présente simplement mais avec subtilité leur rivalité, leurs égos surdimensionnés, leurs interrogations et inquiétudes et leurs visions de la vie, diamétralement opposées mais qui finalement n'existeraient pas si fort l'une sans l'autre.

Au niveau des acteurs, Niki Lauda est incarné par un acteur allemand que je ne connaissais pas, Daniel Brühl (alors pour faire dans l'humour cynique, il avait clairement le nom prédestiné pour ce rôle, voilà c'est fait.) et c'est Chris Hemsworth qui après avoir laissé son marteau (à tord peut être, haha, vous l'avez ? A tord ~ A Thor... hm bref.) aux mécanos, a pris le volant en tant que James Hunt. Il y a un vrai travail de ressemblance des acteurs aux personnages originaux et c'est assez troublant parfois. Vous allez me dire que c'est normal et vous auriez raison, mais disons que c'est vraiment bien fichu de ce coté là.

Et, même si ça je ne pouvais pas le savoir avant, au delà de leurs ressemblance physique, ce sont leur attitude, leurs mots, tout semble quasi authentique (parce que du coup j'ai regardé des vidéos des vrais personnages, ne me demandez pas pourquoi). La présence de Niki Lauda en tant que consultant pour la création du film a sûrement aidé à pousser le réalisme à fond.

Et c'est l'avantage d'adapter une histoire vraie, le scénario n'en est que plus réaliste, vu que ça s'est réellement passé. L'inconvénient c'est qu'il y a très peu de place pour s'écarter de l'histoire, et encore moins ici qu'ailleurs dans la mesure où toutes les courses, les interviews, les conferences de presse étaient enregistrées. Le vote pré-course du 1er aout dont je vous parlais plus tôt a véritablement eu lieu et Niki Lauda perdit ce vote par une seule voix. Je me suis demandée d'ailleurs à un moment, si Hunt parlait vraiment comme ça aux journalistes en voyant cette scène du film où on lui demande comment il fait pour être aussi rapide et qu'il répond simplement qu'il a de grosses couilles (je vous avait dit que c'était des connards hein). Et bien oui, cette scène est une réalité... 

L'autre inconvénient d'adapter une histoire vraie et plutôt connue, c'est que du coup il ne faut pas trop compter sur le suspense que pourrait engendrer la fin, dans la mesure où une partie du public la connaitra déjà avant de commencer le film. Alors moi je connaissais les deux pilotes de nom, plus Niki Lauda que James Hunt d'ailleurs et je savais qu'ils avaient été champions du monde chacun à un moment, mais me souvenir du résultat de l'année 1976 précisément c'était un peu du pile ou face. Alors peut être que c'est moins interessant quand on se souvient de tout cela bien sûr, et peut être que c'est quand même interessant de voir comment sont mis en scènes les moments clés de la vie sportive -et privée- des deux pilotes. Que ce soit de bons moments ou pas...

Howard a mis les moyens pour filmer les courses, s'entourant tout d'abord d'un consultant efficace : Niki Lauda himself et ensuite en les filmant avec 35 caméras. Par des successions rapides de plans des voitures, de dedans, de dehors, devant, derrière, il impose la notion de vitesse à nos yeux de spectateur et on pourrait presque sentir l'essence dans notre canapé tellement ça en devient réel. La reconstitution du crash de Lauda sur le circuit de Nürburgring, réputé très dangereux, est calquée quasiment image par image sur l'accident réel (que vous trouverez ici) et est impressionnante, ces longues secondes pendant lesquelles Niki Lauda est bloqué dans sa voiture en flammes font également suffoquer le spectateur.

Le film prend une autre dimension après cet accident, car d'un film de course automobile, il devient plus profond et explore également les ressources humaines. Niki Lauda ne mettra que six semaines à se remettre de l'accident. Après le choc et l'éjection de son casque, après une très longue minute dans les flammes à plus de 800°, le visage et les poumons brûlés, il ne mettra que 6 semaines à reprendre le volant malgré des soins manifestement douloureux comme en témoignent les scènes à l'hopital. (je ne vous cache pas que c'était... impressionnant) Mais tout comme son rival, il a quelque chose à prouver, et voir James Hunt remonter au classement alors qu'il est cloué au lit le poussera à en sortir. Trop tôt ou non, comme il le dit à Hunt, c'était leur rivalité qui était à l'origine de l'accident dans une course qui n'aurait jamais dû avoir lieu. Mais c'est aussi cette rivalité, si forte, tellement ancrée dans leur âme qui lui permis de se surpasser pour reprendre le volant.

L'état de Lauda après l'accident était tel qu'on avait même fait appel à un prêtre à son chevet.

A partir de là, il semble y avoir un peu plus de refexion sur le pourquoi tous ces risques. Il faut tout de même bien penser que tout ceci se passe dans les années 70 et qu'il y a un fossé énorme en matière de sécurité avec ce qui se fait de nos jours. Clairement s'aligner au départ d'une course en F1 en 1976, c'est carrément jouer avec la mort. Et la dernière course du film représente particulièrement bien tout cela, par son ambiance sombre et ces trombes d'eaux qui se deversent du ciel. Au cas où vous ne connaitriez pas le dénouement du championnat de Formule 1 de 1976 je ne dévoilerai pas la fin de cette fameuse dernière course de l'année au Japon.

 

En bref, je ne suis pas du tout adepte de Formule 1 ou tout autre sport automobile d'ailleurs, mais Rush est une bonne surprise parmis les films sur le sujet. Mélant réalisme à toute épreuve et courses spectaculaires, il est un bon divertissement sur un thème peu abordé au cinéma (à ma connaissance) et apporte un peu de lumière sur deux grands pilotes qui n'auraient sans doute jamais existé si intensément sans leur rivalité sportive. Et, même si je les ai traité de connards dans le début de cet article, même si je ne peux toujours pas comprendre ce qui les motivait, j'ai depuis le film une certaine affection pour ces deux hommes que je ne connaissait pas mais qui ont laissé leur trace dans l'histoire.

"A wise man can learn more from his enemies than a fool from his friends...We were both a pair of kids when we met. Hot-headed jerks in Formula 3. Headed nowhere. And now, we're both champions of the world...So don't let me down now. I need you busting my balls. Get back to work."

Niki Lauda à James Hunt

 

Et si vous être encore là, si vous comprenez un peu l'anglais, voici une vidéo de Niki Lauda parlant du film. Et de manière très amusante, il y dit que 80% du film est réel, ce qui fait que probabement ce n'est pas 79,98% ni 80,02%, mais surtout cela rappelle le 20% de risque acceptable dans le métier, evoqué justement par Niki Lauda lors du vote qui lui sera défavorable au Nürburgring... Voilà, on voit ce qu'on veut où on veut bien sûr, mais je trouve la coïncidence amusante.

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